Bernard Carbonnel
Nos peintres
 
Bernard Carbonnel peint ce qui l'entoure : le plus souvent des murs et des maisons des quartiers populaires ou encore des paysages du Cotentin où il séjourne périodiquement. Réaliste, l'artiste l'est par cette volonté de saisir dans la réalité les teraces du temps, le vieillissement des objets, leur bannalité quotidienne. Mais ne nous y trompons pas, Bernard Carbonnel est peintre et c'est bien en peintre qu'il pose son regard sur la réalité, la métamorphosant en peinture, en une écriture picturale qui, à son tour et à notre insu, arrêtera notre regard sur quelques fragments de réalité; c'est alors que nous aurons la mémoire de cette peinture, de ses harmonies et de sa poésie.
Avec attention, nous découvrons une multitude de petites touches d'huile ou de tempera disposées délicatement avec une science du raccourci qui trahit des admirations multiples et une longue fréquentation de la peinture. L'artiste vit son oeuvre comme un dialogue avec les autres oeuvres tant il est vrai que la peinture, quelle que soit la famille à laquelle elle se rattache, est d'abord une surface organisée par des couleurs et par des formes, une conquête sur le réel qui n'a de mesure qu'auprès des autres oeuvres. Bernard Carbonnel n'accepterait certainement pas que soient pris en considération des images ou des vues de...., ou que nous aimions dans son travail un quelconque misérabislisme des thèmes. Ces murs fatigués aussitôt touchés par son regard ne sont déjà plus du domaine de la réalité, ils deviennent objets de peinture. Le caractère réaliste trouve ici ses plus sûres limites.
Bernard Carbonnel anime les surfaces planes des vieux murs, les monticules de gravats des cours de bâtiment en restauration. Ceux-ci deviennent, tout à tour, source de liberté quasi-abstraite, d'harmonies et de contrastes. Les terres, les ocres et les gris s'enchevêtrent en un foisonnement chromatique de valeurs très proches, à peine réhaussées et pourtant dotées de vie, celle de la peinture. Celle-ci écarte toute compromission avec une réalité qui prétendrait lui pré-exister. La peinture oublie progressivement son prétexte, nous laissant seuls avec sa musique, la poésie intimiste d'un peintre secret qui évite là bien des pièges d'une époque tapageuse.
 
Emettons le voeu que chacun saura prêter son regard à cette oeuvre.

Christophe Duvivier

 

Les œuvres de Bernard Carbonnel exposées à la Galerie de Normandie :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Né il y a 52 ans à la Feullie, Bernard Carbonnel a appris son métier de peintre dans le quartier parisien de Montparnasse, auprès des maîtres comme Yves Brayer. Il complète sa formation en suivant les cours de l'école des Beaux-Arts.
Bernard Carbonnel se rattache au courant réaliste de la peinture, celui qui, dans la lignée des impressionnistes et des naturalistes du XIXe siècle, prône le travail sur le motif et non dans l'atelier. "La nature représente ce qu'il y a de plus parfait, de plus riche. S'en inspirer, est donc une démarche très féconde", estime-t-il. Le peintre partage sa vie dans la Manche, à la belle saison, et Paris où des galeries d'Art exposent règulièrement ses oeuvres, et où il intervient dans les écoles. Dans ce Cotentin où il se fixera un jour, Bernard Carbonnel a peint une série d'églises et de chappelles, choisies parmi les plus belles et les plus modestes. "J'ai voulu les peintres car il s'agit d'oeuvres d'Art en soi, les témoins d'une vie communautaire et spirituelle révolue."
Adepte de la gouache et de l'huile, Bernard Carbonnel construit ses oeuvres avec une lenteur calculée, animé, par un goût de la perfection puisé dans le spectacle de la nature.
 
Extrait "La Manche Libre"
 
Pointe de la Tour, Bernard Carbonnel
 
 

Un pas vers l'avenir

 

Bernard Carbonnel fut l'élève de grands maïtres dont Yves Brayer. Cet artiste régional restitue dans ses oeuvres, avec beaucoup de délicatesse, les multiples et nuances de la campagne normande. D'un trait précis et fin, il aime immortaliser la beauté des paysages et des monuments. Aux éditions Equinoxe, deux livres illustrés par lui vont être publiés en avril, l'un sur la Sainte Chapelle, l'autre sur Chartres. Il expose actuellement à la Galerie de Normandie de Saint Vaast la Hougue.

Noëlle de Sonis, La Manche Libre, 22 mars 2008